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vendredi 12 mai 2017

Vidéos de la conférence de Christian Noorbergen

Le mercredi 10 mai a eu lieu une conférence, suivie d'une discussion, de Christian Noorbergen.
Ce fut une très belle rencontre! Merci à lui pour cette riche et sensible intervention.
Vous pouvez voir ou revoir cette conférence qui a été filmée par Sarah Walbaum de l'association Fugitive sur la page Facebook de l'asso. Fugitive.
https://www.facebook.com/assofugitive/videos/1825126711139924/
https://www.facebook.com/assofugitive/videos/1825137851138810/

mardi 28 février 2017

Texte de présentation exposition "Ce qui peut arriver..."


Cycle "1 site, 1 artiste"
Oeuvre fugitive #02 

Julie Faure-Brac
Ce qui peut arriver...
du 28 février au 2 Juin
la Comédie, Reims
vernissage mardi 28 février 19h

Initié par l’association fugitive, le cycle « un site, un artiste » invite l’artiste Julie Faure-Brac à intervenir dans le hall singulier de la Comédie de Reims, doté de dimensions monumentales. Pour celui-ci l’artiste a réalisé des sculptures d’êtres hybrides, mi-humains, mi-animaux qui évoquent la métamorphose, le chamanisme mais aussi une sorte de malédiction, la chute des damnés.



Deuxième artiste invitée du Cycle "1 site/1 artiste", Julie Faure-Brac a décidé d’utiliser la sculpture répondre à l’invitation d’intervention dans le hall de la Comédie. Son œuvre confronte homme et animal à travers une double interrogation. Quelle relation entretenons-nous avec notre part d’animalité, de sauvagerie, et réciproquement, qu’y a-t-il d’humain chez l’animal ? Derrière ce face-à-face fantasmagorique, semi-conscient, qui se nourrit d’une inspiration éclectique, allant des figurations animistes des peuples du Grand Nord aux gravures engagées de Goya, l’artiste cherche à sonder les fils ténus qui nous unissent encore au sacré.


AF : L’association Fugitive vous a contactée l’année dernière pour vous proposer de participer au cycle « 1 site & 1 artiste » à la Comédie de Reims.
Pourquoi avoir décidé de participer à ce projet ?
 JFB : Je connais Simon Coquelet depuis longtemps, on a travaillé ensemble sur des pochettes de disques, c'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup pour son enthousiasme et sa curiosité. Lorsqu'il m'a parlé du projet et m'a fait rencontrer Sarah, j'ai trouvé leur idée très intéressante ; aller installer l'art dans des lieux insolites m'a toujours enthousiasmé et cela m'inspire beaucoup. Ce n'est pas la première fois pour moi, j'ai réalisé il y a quelques années une installation de sculpture dans une ancienne porcherie, en Haute-Marne, et plus récemment une installation en volume dans un immeuble d'habitations, de Charleville, voué à la destruction. Des projets comme cela poussent toujours à créer des choses nouvelles, spécifiques aux lieux, à dépasser ses propres limites. Je connais le bâtiment de la Comédie (j'ai fait mes études à Reims, à l'ESAD) et le projet d'y exposer une œuvre in-situ m'a tout de suite plu !


AF : Comment avez-vous abordé cette question de la création d’une œuvre in situ qui vous a demandé d’entrer en conversation avec l’architecture du hall de la Comédie ? Est-ce que le lieu vous a guidé vers une voie que vous n’imaginiez pas encore explorer ?

 JFB : Depuis que je crée des installations, le lieu d'exposition a toujours été déclencheur du projet, de l'idée, de la forme, de la taille des œuvres. J'adore créer une œuvre en fonction de son premier lieu d'exposition. Alors oui ! Le lieu m'a guidé et m'a donné la possibilité de créer des sculptures suspendues, ce que je rêvais de pouvoir faire un jour et que je n'avais pas l'occasion de faire. Quand j'ai vu cet espace tout en hauteur, avec plusieurs points de vues, j'y ai tout de suite imaginé suspendre des volumes. J'aime l'idée qu'une œuvre dialogue avec l'espace, qu'elle n'y soit pas juste une pièce rapportée. Ensuite des questions techniques se posent mais c'est toujours enrichissant de se dépasser.

AF : Vous avez réalisé un travail très minutieux, avec une méthode très précise. Des moulages de corps, une structure en bois recouverte de papier, puis entièrement crayonnée et recouverte de poil imprimé en monotype et collé presque un par un. Pourriez-vous nous en dire plus ? Travaillez-vous notamment avec des esquisses préparatoires ?

 JFB : Je fais quelques croquis préparatoires mais très rapidement la nécessité de créer le volume s'impose. De toute façon, je considère mes sculptures comme des dessins en volume, et je fais rarement des croquis pour mes dessins. C'est le trait ou la ligne qui construit petit à petit mes figures dessinées.
Je crée d'abord les moulages en plâtre sur mon propre corps (on laisse toujours une partie de soi dans l’œuvre...) puis j'ajoute des formes animales, en grillage recouvert de papier. J'obtiens des corps hybrides, fantasmagoriques. Je travaille effectivement de très longues heures sur chaque pièce, c'est comme un rituel, ça en devient une obsession. Je dessine, je découpe, je colle. Mes figures en volume sont comme dans mes dessins, les corps humains sont bruts, blancs et les corps de bêtes apparaissent grâce à l'accumulation des petits traits de crayons noirs qui font naître la matière, poils, plumes...

AF : Que représente ce travail dans votre parcours ? 

 JFB : Il y a quelques années j'ai commencé un travail sur les « Porteurs d'esprits » où le corps humain (entier) portait sur ses épaules, sur son dos tout le poids de l'animal, esprit venant d'un monde autre, incarnation de nos peurs, de nos fantasmes, de nos malédictions.
Ces « Corps en suspens » exposés à la Comédie sont plus morcelés que les figures de porteurs d'esprits. Le corps humain est incarcéré dans des corps parasites, parties animales. Il s'agit en quelque sorte de nos corps enchevêtrés dans le corps de cet Autre qui nous ressemble, qui nous questionne, qui nous hante. Personnellement cela a une vertu rassurante d'imaginer une métamorphose... Le corps humain seul, l'espèce humaine isolée... cela ne me suffit pas. J'ai besoin d'autre chose, de fantastique, de magie, de sacré.
J'ai nommé cette installation « Ce qui peut arriver... » C'est une phrase qui peut être lu de façon optimiste ou pessimiste, même ironique selon les points de vue. Je suis moi-même partagée vis à vis de l'avenir de nos relations à la nature et aux animaux. Parfois infiniment triste et désespérée du constat de disparition des espèces, et de disparition de respect envers ce monde dont on fait partie, parfois confiante en un réveil empathique, en une prise de conscience et en des réactions positives vis à vis de l'harmonie primordiale avec la nature.
Nous sommes en suspens, tout peut arriver, nous pouvons réagir.

AF : Pourriez-vous nous parler du projet de performance que vous êtes en train de mettre en place et qui sera présenté au prochain festival de la marionnette de Charleville ?

 JFB : Le projet s'appelle « Une chasse à l’envers », il s’agit d’une performance mêlant sculptures portées, musique, arts de la marionnette, installation. Cette performance transporte un groupe de spectateurs au cœur d’une forêt, la nuit et lui offre une rencontre magique avec des animaux de papier prenant vie grâce à la musique et à la manipulation marionnettique.
Pour les spectateurs cela devrait être une expérience forte en émotions et en magie ! Je l'espère ! Rendez-vous en septembre au festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières.
Je me suis inspirée des chasses volantes ou fantastiques (mythes populaires d'Europe centrale et du Nord), des figures étonnantes d'hommes sauvages, du chamanisme. Cette performance prend comme sujet la chasse, comme une quête spirituelle du gibier, un retour archaïque et profond au dialogue avec les esprits. Le rituel créé ici est une chasse à l’envers, un retournement du temps, une cérémonie de réanimation des morts, de reconstruction des corps (et oui, là aussi les corps sont morcelés!). Je voudrais insuffler la vie dans l’inanimé. C’est en quelque sorte la problématique même de la marionnette, et je crois d’une manière plus générale de l’art.



dimanche 24 juin 2007

Interview pour internet

Interview réalisée en juin 2007
par Guy Jacquemelle pour le site internet
www.lesartistescontemporains.com


" C'est lors du Show Off 2006, à l'Espace Cardin à Paris, que nous avons découvert le travail de Julie Faure-Brac, une jeune artiste de 26 ans. Elle y exposait les Humanimaux, des créatures hybrides aux têtes de sangliers et aux corps humains.
En mai 2007, nous l'avons revue à la galerie Eric Mircher à Paris. Elle y présentait Monde Autre. On y retrouve un univers fascinant, mêlant le naturel et le surnaturel, le réel et l'imaginaire, la vie et la mort, la candeur et les phantasmes, le conscient et l'inconscient...
Le travail et l'univers de Julie Faure-Brac nous ont séduit. Nous avons souhaité vous la présenter."

1/ Quand et comment est né votre désir de devenir artiste ?
J’ai toujours pratiqué les arts plastiques depuis que je suis enfant, avec passion et enthousiasme. J’ai été encouragée par mes parents à poursuivre. J’ai passé un Bac littéraire arts plastiques puis ai suivi 5 années aux Beaux Arts de Reims. C’était comme une sorte d’évidence ; je ne m’imagine pas faire autre chose aujourd’hui.

2/ Quels ont alors été les moments décisifs de votre parcours artistique ?
Je réalise l’importance de l’impact sur mon travail des rencontres que j’ai pu faire à l’Ecole Supérieure d’Art et de Design de Reims. Avec François Quintin, directeur du FRAC Champagne Ardenne, avec les artistes professeurs ou avec le travail d’autres artistes.

3/ Quels sont le ou les artiste(s) qui vous ont le plus marqué lorsque vous étiez adolescente ou étudiante ?
J’ai d’abord été bouleversée par la lecture de Georges Bataille (aussi bien les romans que les essais) qui m’a accompagnée pendant une bonne partie de mes études à l’ESAD. Et puis il y a eu le visionnage de Cremaster 4 (sur l’île de Man) qui m’a hypnotisée. L’œuvre entière de Matthew Barney, ainsi que celle de Kiki Smith, Jérôme Bosch et Goya m’inspirent beaucoup.

4/ Votre travail comprend à la fois  des vidéos, des sculptures et des eaux fortes… Comment alliez vous ces différents modes d’expression  et que vous apporte chacun d’eux ?
J’allie ces différents médiums en construisant un univers personnel que j’appelle Monde Autre où tous les éléments se répondent : que l’on soit face à une petite gravure ou devant une installation en 3D, on reconnaît toujours des éléments communs (matières, personnages, environnements, symboles…) qui forment une sorte de toile, de réseau reliant chaque pièce. Le choix du médium se fait après l’imagination d’un projet, d’un phantasme. Il se fait en fonction de ce qu’apporte chaque médium : La vidéo est le moyen d’explorer les environnements qui me nourrissent, comme la forêt. C’est le seul médium que j’utilise qui m’apporte la couleur, le mouvement, la notion de temps et de répétition.
Dans la gravure ou le dessin je me projette dans un imaginaire où il n’y a plus de soucis de réalisme : les contraires s’annulent, le phantasme a tous les droits. Dans les wall drawings, j’aime l’idée que le spectateur peut se projeter dans l’espace du dessin et pénétrer le monde imaginaire dessiné. C’est le même sentiment dans les installations de sculptures : je veux engager le spectateur dans l’œuvre et le faire expérimenter l’espace d’exposition.

5/ En 2005 vous avez présenté les humanimaux à la galerie Eric Mircher à Paris . Comment est née l’idée  de ces créatures hybrides aux têtes de sangliers et aux corps humains ?
J’ai d’abord souhaité créer un monde sauvage, dans la nature, sans civilisation. J’étais fascinée par les sangliers, j’en ai vu plusieurs fois en forêt et en ai imaginé beaucoup. J’ai effectué une personnification de ces animaux en créant des personnages hybrides : ce sont des sortes de chamans, d’esprits, de sorciers, des demis-dieux, pour équilibrer le monde des humains. Ce sont des psychopompes, ils facilitent le passage entre le monde des humains et un au-delà.

6/ Les humanimaux sont-ils une évocation d’où nous venons ou une projection de ce que nous devenons ?
Un peu des deux : ils représentent à la fois la sagesse et la sauvagerie : par leur attitude tranquille, ils paraissent sereins, sages, observateurs ; mais ensuite on les voit boire le lait, résultat de la dépouille des humains qui se liquéfient. Ils viennent recycler les restes de nos déchirements. Ils nous rappellent notre nature animal et font de nous, pauvres bêtes, des hommes.

7/ Votre univers est peuplé d’êtres hybrides mi hommes-mi animaux. Certains meurent, d’autres renaissent. Que représente pour vous ce cycle ininterrompu de la vie ?
La notion de cycle, de boucle, est constante dans mon travail. Il y a de nombreuses images de mouvements circulaires, infinis, comme ces deux petites barques qui se poursuivent éternellement sur un fleuve « boucle » sans source ni embouchure.
Des personnages meurent ou semblent morts mais il y a toujours une idée de renaissance, de renouveau sous une autre forme. Par exemple j’aime cette légende chez les Esquimaux qui dit que l’âme sort par la bouche du dormeur pour voyager ; elle se matérialise sous forme d’insecte. Dans le dessin Le dormeur du val le dormeur a un petit trou prêt de la bouche d’où s’échappe une mouche. Ce genre de petit détail est essentiel pour moi. Et puis dans l’histoire des Humanimaux, les hommes morts se liquéfient en lait et sont recyclés par les humanimaux qui viennent les laper. Ainsi tout est en boucle…

8/ Votre travail associe le naturel et le surnaturel, le réel et l'imaginaire, la vie et la mort, la candeur et les phantasmes, le conscient et l’inconscient.  Vous semblez fascinée par  les contraires ? 
Il me semble que toutes ces notions se côtoient dans mon travail sans s’opposer forcément. J’aime jouer avec les antagonismes en brouillant les frontières. Je cherche à mettre en doute l’identification de chaque notion, à troubler le cours normal des choses.

9/ Lors de votre dernière exposition Monde Autre à la Galerie Eric Mircher à Paris en mai 2007, vous avez présenté les tarés une fresque qui a impressionné les visiteurs. Pouvez évoquer la création de ces Tarés et ce que cette fresque représente pour vous ?
Il y a un double sens dans le titre qui m’amuse : ces 10 personnages alignés exposent tous un handicap, une tare (un membre beaucoup trop grand, une pilosité surdéveloppée…) si surnaturelle qu’il ne peut s’agir que d’une malédiction, d’un mauvais sort au sens mythologique. Mais au premier regard, ces tarés sont bien des sortes d’idiots qui ont un grain de folie. C’est une photo de famille ironique et grotesque, une galerie de monstres, de « freaks ».

10/ En attendant...  évoque les 2 personnages de Beckett, nus , auprès d’un arbre squelettique dans un univers apocalyptique . Que représente pour vous Beckett et sa pièce en attendant Godot ? Pouvez vous évoquer la genèse de ce tableau ?
C’est en voyant une photographie d’un champ de bataille de Verdun que l’idée de ce dessin m’est venue. Elle montre deux soldats au pied d’un arbre étêté au milieu d’un champ de ruine et de cadavres. La configuration de la photo m’a rappelée le Godot de Beckett. J’y ai vu des points communs, la même absurdité de la situation, la même solitude, le même désarroi. Toutes les réflexions que comprend En attendant Godot, l’attente vaine, la misère de l’homme sans dieu, le cycle ininterrompu des choses, l’intemporalité, sont des thèmes qui me questionnent. Dans beaucoup de mes dessins les personnages semblent attendre quelque chose de mystérieux, en quête de quelque chose, sans savoir vraiment quoi ni où aller.

11/ Vous aimez  citer cette phrase de Deleuze dans sa Présentation de Sacher-Masoch : « Il ne s'agit pas de croire le monde parfait, mais au contraire de « s'attacher des ailes » ; Pouvez vous nous en dire plus sur cette citation ?
« Il ne s’agit pas de croire le monde parfait mais au contraire de « s’attacher des ailes » et de fuir ce monde dans le rêve. Il ne s’agit pas de nier le monde ou de le détruire mais pas d’avantage de l’idéaliser. Il s’agit de le dénier, de le suspendre en le déniant, pour s’ouvrir à un idéal lui même suspendu dans le phantasme. »
Cette citation est pour moi une vision poétique sur le monde ; cela ressemble à ma propre quête. Je ne définie pas mon regard sur le monde comme optimiste ou pessimiste. Je cherche mon idéal ailleurs, dans la création. J’essaie d’éduquer ma conscience à voyager librement vers l’imagination, les phantasmes.

12/ Vous êtes originaire de Charleville-Mezieres, la ville où naquit également Rimbaud . Que représente pour vous  le poète d’une saison en enfer et du Bateau Ivre ?
Rimbaud était constamment en fuite, en quête d’un ailleurs. C’était aussi un marcheur fou, « l’homme aux semelles de vent ». Les notions de fugue et de marche me questionnent et m’attirent. Son œuvre me fascine ; j’aime la folie, la colère, l’ironie, la tendresse qui s’en dégage.

13/ Quels sont vos projets ?
J’ai entamé depuis le début de l’année 2007 un projet assez conséquent ; il s’agit d’une installation d’un dessin animé comportemental. Le projet se nomme Incantations : l’animation mettra en scène trois personnages rentrant en transe progressivement grâce à leurs chants et leurs danses incantatoires. C’est le spectateur, face à la projection de l’animation qui agira directement mais involontairement sur le comportement des personnages.
J’ai travaillé avec des danseurs professionnels, notamment Rachid Ouramdane, et amateurs pour réaliser l’animation des mouvements des personnages.
J’ai bénéficié de l’aide du CNC (DICREAM) et de la DRAC Champagne Ardenne pour réaliser ce projet. Il est en cours de réalisation et verra le jour début 2008 je l’espère.